
Sobriété heureuse, l'expression vous rappelle quelque chose ? C'était le titre d'une conférence de
l'UTLS sur la croissance verte que j'annonçais sur ce blog le 31 mai. J'y suis allée. J'en suis revenue rassasiée d'arguments sur la nécessité de changer de politique et de comportements.
De quelle façon ? Là, ce fut plus frugal, quoique.
En guise de mise en bouche,
Patrick Viveret, philosophe et magistrat honoraire à la Cour des comptes, nous a servi un copieux exposé sur la faillite du système économique fondé sur "produire plus pour consommer plus".
J'ai encore le goût de son piquant passage sur les indicateurs de richesse. Un petit morceaux ? Dans le calcul du produit intérieur brut (PIB), des catastrophes comme le naufrage de l'Erika ou le cyclone Katrina s'inscrivent en positif. Si, si ! puisqu'ils génèrent de l'activité (nettoyage, remplacement, reconstruction). En revanche, dans la compta d'une entreprise, l'humain est une... charge. Dieu merci, une commission doit proposer, avant fin juillet, de nouveaux critères économiques, sociaux et environnementaux destinés à corriger le
mode de calcul du PIB.Arrive le plat de résistance : comment changer de cap ? En filant droit vers une "nécessaire limitation", la fameuse sobriété que "l'homme, en tant qu'être de désir, ne peut accepter que s'il l'associe à la notion de bonheur." Alléchant.
Je m'attendais à une tirade sur la décroissance version "revenons au bon vieux de temps", au
lavage des couches à la main, par exemple. C'est tendance. Et pourquoi pas à la bougie, tant qu'on y est ? Le progrès, j'y crois ! J'y vois une chance de mieux-vivre, d'émancipation. Un ingrédient du bonheur, justement.
Mais notre conférencier ne semble pas manger de ce pain-là (les couches). Il reconnaît les vertus de la modernité tout en pointant les dérives de la marchandisation. Il milite pour une "humanité positive, créatrice de son devenir, et non pas rongée par l'angoisse des risques et des accidents" (hum, cette pichenette à Paul Virilio ;-)
Pour lui, le bonheur c'est le mieux-être. Etre et non avoir.
Surtout, Viveret plaide pour que le bonheur soit abordé non pas seulement comme un enjeu individuel mais comme une question politique. Il propose l'instauration d'une "politique des temps de vie". Explication : se former ou être bénévole dans une association compte pour du beurre. Pure inactivité ! Car la notion d'activité ne se conçoit aujourd'hui qu'en termes de flux monétaires.
D'où une autre suggestion de notre hôte : mesurer la valeur en simulant le manque. Exemple : imaginons la vie sans liberté, sans solidarité, sans pesticides, sans eau potable, etc. Sans argent, aussi, soyons honnêtes.
Là s'est arrêté l'exposé. Le chef n'a pas divulgué de recettes toute faites. Il nous a ouvert l'appétit. C'est toujours ça de
prix pris.
La vidéo de la conférence :